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LE HAUT NIVEAU
On ne peut rester sans se poser de questions quand on observe au fil des
tournois, la pratique du haut niveau en squash. Il m'arrive de temps en
temps d'aller sur les tournois, pour multiples raisons, mais ma première
motivation est l'observation précise de certains aspects de la
fonctionnalité de l'activité, surtout quand un de mes joueurs est dans le
circuit.
Depuis peu, je constate que les rencontres évoluent au rythme des
blessures, surtout ces derniers tournois et en particulier au "Canadian
classic", trois arrêts de match sur blessures, plus deux forfaits.
Je vois plusieurs raisons à cela :
La technique
La fréquence des tournois
La planification
1. LA TECHNIQUE
Pour moi la technique est tout ce que le joueur fait entre deux frappes de
l'adversaire, c'est le concept de l'entre deux frappes avec ses sept
composantes (préparation au T, déplacements, armer, orientation spatiale,
mise à distance de frappe, frappe, replacement).
Les traumatismes interviennent le plus fréquemment dans les
déplacements, entre l'avant dernier appui (ADA) et le dernier appui (DA).
Je vois des joueurs se jeter sur la balle comme des "morts de faim"
d'une façon inconsidérée, avec des segments qui partent dans tous les sens.
Des gestes heurtés, rigides, en bloc et en vrac. En gros quelques
observations :
-
Déplacements en courbe = problème de hanche (fissure, tassement,
usure du cartilage articulaire)
-
Mauvaise
orientation du dernier appui = problème de cheville (entorse,
calcanéum, astragale, tendon d'Achille, ligaments, etc.)
-
Flexion
intempestive du buste vers l'avant sur le dernier appui = problème
de la colonne vertébrale (lombalgie, discopathie etc.)
La règle première est que la préparation
technique doit impérativement prendre en compte les principes de
sécurité du joueur dans ses déplacements et son placement lors de la mise
à distance par rapport à la balle.
-
Déplacements
en ligne droite et non en courbe (comme certains le préconisent encore).
-
Orientation
des appuis dans les déplacement (respect de l'axe hanche, genou,
cheville).
-
Placement du
centre de gravité à la verticale de la distance inter appui au moment de
la frappe (équilibre et orientation des forces de frappe).
-
Travail de la
souplesse et de la musculature en amplitude, dynamique et statique.
-
Etirements des
muscles de la posture qui ont tendance à se raccourcir par la pratique
même de l'activité (donc musculation d'harmonisation et d'équilibration
faite par un spécialiste en la matière).
-
Renforcement
des muscles "amortisseurs" (synchronisation et coordination entre les
muscles agonistes et antagonistes), et amélioration de l'efficacité du
frein (contraction excentrique).
Bref respect des règles de sécurité
par l'application des lois liées à la biomécanique. La meilleure
des sécurités pour le joueur est l'anticipation motrice, c'est à
dire : la fluidité, l'orientation spatiale et l'addition des forces
spécifiques (jambes, tronc, bras).
2. LA FRÉQUENCE DES
TOURNOIS
Certains joueurs enchaînent tournois sur tournois. Est-ce bien raisonnable
? Bien sûr il y a l'attrait du gain. Mais la plus grande des richesses
n'est-elle pas la santé ?
Souvent les jeunes sont pressés, ils se conduisent comme des jeunes loups
affamés, avec grande avidité, sans tenir compte des principes de sécurité
élémentaire à respecter en matière de fréquence des tournois.
Comme je le disais récemment à un de nos joueurs qui avait enchaîné 6
tournois en 8 semaines, qu'il était automatiquement dans l'accumulation de
la fatigue et qu'il allait au devant de risques graves (surmenage
physiologique et psychologique), de risques de blessures (entorse,
claquage etc.) et surtout qu'il allait au devant de problèmes plus
importants encore, pouvant compromettre sa carrière.
Il faut dire que le calendrier des tournois ne propose pas une répartition
adéquate des tournois sur toute la saison. De grandes périodes restent
exemptées de rencontres et souvent certains tournois sont inscrits au
calendrier au dernier moment. Ce qui pose problème quant aux choix dans la
planification.
3. LA PLANIFICATION
Ce que je veux dire, en postulat, c'est que la réussite du joueur
dépend avant toute autre chose de la qualité de la planification.
Planification à long terme : la carrière, les saisons...
Planification à moyen terme : les périodes, les cycles
Planification à court terme : le cycle, les micros cycles
Le CYCLE est préparatoire au tournoi
ll comprend 3 micros cycles :
MICRO CYCLE 1
60% ou 70% du plein potentiel du joueur, soit 6 ou 7 séances
d'entraînement de 1h30.
MICRO CYCLE 2
80% ou 100% du plein potentiel du joueur, soit 8 à 10 séances
d'entraînement de 1h30.
MICRO CYCLE 3
50% ou 40% du plein potentiel du joueur, soit 5 à 4 séances d'entraînement
de 1h30.
Le micro cycle est d'une durée de sept jours. Il peut comprendre :
soit 5 journées consécutives de travail suivies de deux journées de repos
soit 3 journées de travail, 1 jour de repos, 2 journées de travail et 1
jour de repos.
Tout cela en fonction de la situation et de l'état physiologique et
psychologique du joueur.
Exceptionnellement, le micro cycle à 100% peut être remplacé par un
tournoi, dans ce cas d'autres adaptations de la planification sont
envisagées.
Ce qu'il faut savoir, c'est que le repos fait partie de l'entraînement.
La récupération (qu'elle soit active ou passive ou les deux) est la pierre
angulaire de toute planification.
Trois phases sont à respecter : déstabilisation (décharge),
re-stabilisation (recharge), stabilisation (nouvel équilibre).
Les joueurs qui ne font que des matches ne sont pas dans la logique
sécuritaire des planifications d'entraînement. Ces joueurs vont de plus en
plus vers la déstabilisation, c'est pourquoi il arrive un moment où cela
casse. C'est pourquoi certains fonctionnent par à-coups.
Tout ne peut pas s'acquérir par les matches. Il faut sans cesse revenir à
la préparation. Mais surtout se rendre compte d'une chose importante :
ce que le joueur n'a pas répété (répété encore et encore à l'entraînement
en respectant les principes de sécurité) ne peut pas être acquis en match
d'une façon spontanée.
Comme pour la technique, la planification des entraînements et la
périodicité des tournois doivent prendre en compte des principes
essentiels de sécurité. Ceci afin que le joueur puisse mener sa carrière
jusqu'au bout et garder pour la suite toutes ses possibilités d'homme
accompli.
Paul Sciberras
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