|
| |
|
|
|
01-Février-05:
PLAISIRS
ET SENTIMENTS
"Les sentiments de plaisir et le plaisir des
sentiments "
L'état de plaisir est un processus subjectif, issu d'une prise de sens qui
est amenée soit par un dialogue externe/interne : ce sont les sensations,
soit par un monologue interne/interne : ce sont les représentations
mentales (perceptions conscientisées). Cet état de plaisir s'exprime par
une intention, c'est à dire un but à atteindre.
La recherche du plaisir est une base génétique qui infère sur les
comportements de tout individu, elle est source d'évolution de l'espèce
humaine; elle initie l'autoconstruction du joueur par l'optimisation des
connexions entre les différentes structures cérébrales (le système
amygdalien pour les émotions, le système hippocampique pour la
mémorisation, l'ensemble hypothalamique pour le système neurovégétatif, le
complexe neurocrinique pour le dosage. |
|
|
Paul Sciberras |
Le plaisir devient donc l'élément actif
d'incitation au fonctionnement corporel équilibré.
La recherche du plaisir est subséquente aux processus cognitifs :
assujettis aux deux versants du traitement de l'information : la
perception et l'action corroborées surtout par le vécu dans la
connaissance qu'en a le joueur. Nous pouvons reprendre la définition de
J.D. Vincent (1994) "le plaisir est à la fois acte et état".
Le plaisir "d'état" est intimement lié aux mécanismes perceptifs
(exploitation de l'énergie externe), à l'idée que le joueur se fait des
sensations à intérioriser, aux évocations d'images mentales visualisées,
faisant appel à la mémoire de situations vécues et représentées. Etre en
état de plaisir a un rapport avec la mémoire, le passé.
Le plaisir "d'action" est intimement lié aux mécanismes effecteurs qui
nécessitent motivation et désir (but à atteindre par activation de
l'énergie interne), à l'idée que le joueur se fait des perceptions à
extérioriser, aux projections et anticipations des images mentales du but
à atteindre. Avoir du plaisir a un rapport avec le présent, avec la prise
de plaisir.
Prendre plaisir au jeu sous-entend toute une cascade de réactions
neurochimiques dans différents noyaux du système nerveux (cités plus haut)
dont le facteur déclenchant est l'intensité du désir.
La notion de plaisir est indissociable de la notion de récompense à
obtenir. Chez le joueur de squash la récompense est une projection, elle
se situe à la fin du match. Le plaisir d'action ou récompense d'action se
situe à la fin de chaque frappe, le plaisir d'état ou récompense d'état
s'éprouve en savourant la victoire finale.
La recherche du plaisir est la base de l'équilibre du joueur. Les prises
de décision, les choix comportementaux sont conditionnés et conservés par
la systématisation des processus de maximisation du plaisir attendu. La
détermination et l'activation n'ont de valeur aux yeux du joueur que si
elles conduisent à une récompense d'état de plaisir. Le plaisir est le
moteur du fonctionnement cérébral, il est synonyme de succès, de réussite,
avoir le plaisir de mettre la balle hors de portée de l'adversaire, être
de plus en plus performant dans le traitement des trajectoires de balle,
etc. Le plaisir est atteint quand l'intention est en congruence avec la
réalisation. En fonction du comportement affectif du joueur sur le court,
il est possible à un observateur averti d'appréhender l'état mental du
joueur. |





 |
DÉPLAISIR
Quand on parle de plaisir, il est indispensable de lui associé son opposé
: le déplaisir. Le déplaisir apparaît quand l'idée de plaisir d'état ne
coïncide plus avec l'idée du plaisir d'action. Pour le joueur, le point
gagnant correspond au plaisir, la faute directe au déplaisir. L'échange de
balle est le moyen d'expression du couple plaisir/déplaisir.
L'échange implique : l'adversaire (la perception), le joueur (l'action) et
l'environnement (les émotions).
La satisfaction d'atteindre le but fixé par le joueur a pour conséquence
de renforcer l'activation du désir de jeu, d'échange, de combat.
L'obsessionnel désir du joueur devient la production, la production d'un
squash personnalisé, produire un nouveau squash, reproduire une
personnalisation. Réduire le nombre de frappes en produisant de la qualité.
Le désir est amplifié par la reproduction du plaisir. La performance
devenant la capacité adaptative, cest-à-dire la capacité de varier,
d'adapter les actions de frappes en fonction de l'adversaire (autonomie
stratégique) et en fonction du moment du combat (autonomie tactique).
Sentir l'adversaire ne suffit plus, il faut agir sur lui, adapter son
action dans le temps (tactique) et dans l'espace (stratégie).
Plus le joueur évolue, plus son système nerveux inhibe l'ancien
automatisme, le transforme en le soumettant à de nouveaux critères de
qualité de façon à être de plus en plus dans l'anticipation. Plus
l'automatisme évolue et plus le joueur réduit la charge affective du geste
en orientant la représentation mentale de l'action par le passage de la
quantité à la qualité. La diversité, (capacité à varier) des modes de
production (gestes de frappe), a une incidence sur l'activation parallèle
désir/plaisir et conduit à un renforcement des mécanismes cérébraux
(endorphines et enképhalines) de l'autostimulation devenant alors
insatiable pour le joueur. Les mécanismes décisionnels du joueur évoluent
conjointement avec la qualité des perceptions (internes et externes).
L'intention prend le pas sur la conduite technique de la balle. Le joueur
n'a qu'une idée en tête : l'endroit où mettre la balle. La cible se
réduisant spatialement et temporellement en fonction du degré d'expertise
du joueur.
Le plaisir n'étant que le produit des intentions. |
Plaisir des sentiments
Les résultats en compétition sont aussi une affaire de plaisir. Les
situations de match dans l'échange jouent un rôle essentiel dans la
victoire parce qu'elles sont génératrices de plaisir quand congruence et
discrépance se superposent. Ce qui apporte du plaisir est bon pour le
fonctionnement systémique du corps, le plaisir lubrifie toutes les
composantes biologiques du joueur. Dans la formation du joueur, les
situations instrumentales doivent prendre en compte la recherche
systématique de la sensation de plaisir, les sentiments de se faire
plaisir, les sentiments d'aller vers la qualité des coups, la qualité
tactique, la qualité stratégique.
Les sentiments du joueur sont aiguisés par la fonction érotique qui est le
désir dans la recherche du plaisir. L'entre deux frappes devient donc la
mécanique hédoniste du joueur. Le désir stimule l'action et l'imaginaire
par l'intermédiaire de l'hypothalamus, la dopamine est le
neurotransmetteur majeur du plaisir. Pendant la durée du jeu ou le joueur
est en état de plaisir, les circuits neuronaux de la dopamine sont en état
de stimulation permanente, il en résulte un état d'euphorie et de
délectation qui met le joueur dans les meilleures conditions dans la
gestion de la prise de risque et de la sécurité.
Le désir de faire dans la qualité est le passage obligé pour le joueur
d'accéder au plaisir de jouer, de jouer avec lui (le moi contre le moi) de
joueur contre son adversaire (le moi contre le non moi) de prendre en
compte son adversaire contre lui (le moi et le non moi contre le non moi).
Le plaisir a une action positive contre les effets négatifs du stress,
contre l'anxiété et l'angoisse. Le sentiment de plaisir diminue le taux de
cortisol dans l'organisme du joueur, l'hormone cortisol pouvant devenir
néfaste si l'état de stress perdure.
Les sentiments de plaisir favorisent un meilleur fonctionnement
métabolique, ce qui est important dans l'activité squash quand on connaît
le rôle de la qualité du carburant (glycolyse aérobie) et celle de la
combustion (PMA) que le joueur doit avoir.
À vouloir systématiquement gagner sans avoir fait tout le chemin
nécessaire pour obtenir la victoire, le joueur engendre un engourdissement
de ses sensations (perceptions et actions) qui est justement l'origine de
la défaite
Paul Sciberras |
|